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 L'ivre de lecture [concours dis moi dix mots]

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Brocolis



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MessageSujet: L'ivre de lecture [concours dis moi dix mots]   Mar 3 Juin - 0:16

Je reviens avec une rédaction faite en début d'année, mais j'attendais pour la poster d'être certaine de ne pas m'en servir... Je devais normalement participer avec ma classe au concours "dis moi dix mots" et ça ne s'est pas fait par manque de temps... j'ai fini la rédaction pour le plaisir mais elle n'a pas été envoyée.

Pour ceux qui ne connaissent pas le concours, il consiste à mettre chaque année dix mots en valeur, sur des supports de notre choix : vidéo, dessin, chanson, texte...

Cette année 2014, le thème était "dis-moi dix mots "à la folie", et les mots à utiliser étaient "ambiancer", "tohu-bohu", "charivari", "tire-larigot", "ouf", "zigzag", "enlivrer", "hurluberlu", "timbré" et "faribole", et ma prof voulait une production écrite, sur un thème totalement libre. Et ça donne ça :


L’ivre de lecture
J’étais attablé devant mon livre depuis plusieurs heures déjà, confortablement assis sur un tabouret d’un bistrot parisien. Je ne voyais pas le temps passer. J’étais entouré d’hurluberlus, mais je ne les remarquais plus, tant j’étais habitué à leur présence bruyante mais pas désagréable. Ils se tenaient devant des verres vides, qu’ils remplissaient très souvent, pour de nouveau les avaler aussitôt, encore et encore. Ils répétaient cette action inlassablement. Ils avaient l’air joyeux, énervés… moi, j’étais calme et concentré. Mon corps était bien avec eux, mais mon esprit était ailleurs. Je les oubliais tous, je ne pensais plus à personne. J’étais perdu devant les mots qui filaient devant mes yeux comme l’alcool ruisselait dans la bouche des timbrés qui buvaient à mes côtés.
Je les distinguais vaguement, ils étaient tous autour de moi, en train de s’enivrer avec du whisky, de la vodka ou de la bière. Moi, je m’enlivrais avec du Rimbaud, du Jean de la Fontaine et du Molière.
J’oubliais le charivari ambiant. Plongé dans mes textes, je buvais avec passion les paroles de ces grands auteurs. Les hurluberlus, quant à eux, liquidaient des bouteilles de whisky à tire-larigot. Ils se désaltéraient, ils rigolaient, et chantaient sans cesse… ils faisaient un brouhaha tel que j’aurais pu être dérangé dans ma lecture. Ils ne me gênaient pas. Au contraire, j’appréciais l’ambiance du bar, avec d’une part ses clients joyeux venus pour s’enivrer et faire la fête, et d’autre part les quelques visiteurs sérieux comme moi venus pour nous enlivrer. Cette atmosphère festive qui régnait autour de moi me mettait de bonne humeur, et je savourais encore plus mes lectures dans de telles conditions. Je crois que je me régalais encore davantage avec mes livres que les hurluberlus avec leurs cocktails tous plus alcoolisés les uns que les autres.
« Nuit de juin, dix-sept ans, on se laisse griser, la sève est du champagne et vous monte à la tête », avait écrit Rimbaud dans son poème intitulé « Roman ». Moi, j’ai passé ces âges- là, ceux où on s’enivre sans penser à s’enlivrer. La sève ne me monte plus à la tête. Il n’y a plus que les mots qui atteignent mon esprit de lecteur passionné. Toujours en référence à l’œuvre d’Arthur Rimbaud, pour moi, « Foin des bocks et de la limonade ». Oubliées, les bières, les vodkas, et toutes ces choses qui font partie de mon ancienne vie. Aujourd’hui, les seuls éléments qui contribuent à mon âme épanouie sont la lecture et la beauté des mots qui atteignent ma pensée.
Eux, ils sont jeunes, c’est des oufs, ils apprécient le tohu-bohu, ils s’ambiancent, comme ils disent. Moi aussi, je me souviens qu’à une époque, j’adorais boire à tire-larigot, dans l’espoir de repartir et de voir la route habituellement droite faire des zigzags devant mes yeux. Mais une fois l’effet de l’alcool estompé, il n’y avait plus rien, je n’en retirais aucun bien-être, aucune intelligence, aucune culture. J’aurais pu apprendre beaucoup de choses sur les cépages, si encore j’avais eu l’âme d’un œnologue, ce qui n’était pas le cas à l’époque.
Les hurluberlus ne sont probablement pas plus intéressés que moi par les bons vins. Je crois qu’ils ne pensent qu’à s’ambiancer et à faire les oufs.
Sortis de leurs fariboles, je me demande à quoi peuvent ressembler leurs vies. Elles doivent être bien fades. Moi, en tant que lecteur, j’ai au moins la chance de m’instruire, j’ai la fierté d’avoir lu les œuvres des plus grands écrivains, de les avoir comprises, appréciées,… Eux, ils ne boivent même pas de bons vins… juste des alcools au rabais, dépourvus de qualité, de saveur et de quoi que ce soit de positif.
Je lis dans le but de connaître un peu mieux le monde qui m’entoure, de le voir sous d’autres angles, et d’avoir de nouvelles connaissances dans des domaines variés. Les pauvres hurluberlus près de moi n’ont pas cette chance… ils boivent pour oublier leurs vies ennuyeuses, ils s’ambiancent à tire-larigot pour ne pas admettre que leur vie est vide et dénuée de sens. Les textes, au moins, donnent un sens à ma vie. Je me sens érudit, les connaissances acquises me rendent chaque jour plus heureux et plus responsable de mes pensées. Ils ne peuvent pas en dire autant… j’ai lu quelque part que l’alcool abîmait les neurones. A ce propos, Voltaire a écrit que « Les hommes abreuvés de liqueurs fortes ont tous un sang aigri et adulte qui les rend fous en cent manières différentes » dans son livre La Princesse de Babylone. S’ils veulent s’évader de leurs vies, ils feraient mieux de lire de bons romans, c’est moins nocif et plus enrichissant que leur vodka… Et c’est plus efficace ; alors que Rimbaud dit que « L’ivresse, c’est le dérèglement des sens », Montesquieu évoque les bienfaits de l’enlivrement en disant qu’ « Une heure de lecture est le souverain remède contre les dégoûts de la vie ». Et si la lecture était le remède contre les vies ennuyeuses de ces jeunes hurluberlus ? Peut-être qu’à la place de l’ennui, ils pourraient lire des mots … à la folie !
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